vendredi 24 mars 2017

5141 - comme des rocs

Sturmovik au-dessus de Berlin. L'Aviation allemande a disparu du ciel
... Berlin, 26 avril 1945

Le 26 avril, le violent orage et les pluies torrentielles qui font taire les canons russes et éteignent certains des incendies en train de ravager la ville, offrent aux Berlinois quelques instants de répit

Bientôt, les femmes se remettent à faire la file devant les rares magasins d'alimentation encore ouverts.

Mauvaise idée : les obus ne tardent pas à retomber, projetant à nouveau des morceaux de corps humains dans toutes les directions.

Mais les rangs ainsi clairsemés se reforment aussitôt : aucune de ces femmes ne veut en effet risquer de perdre sa place dans l'interminable file d'attente, et chacune se contente donc d'enjamber stoïquement le cadavre de celle qui est tombée devant elle

"Elles restaient là comme des rocs", nota un témoin, "ces femmes qui, à une époque encore récente, se ruaient aux abris si trois avions de chasse étaient signalés au dessus du centre de l'Allemagne".

Mais si les femmes risquent constamment leur peau pour quelques grammes de pain ou de saucisson, les hommes - du moins les rares qui ont la chance de ne pas appartenir à l'armée ou à la milice - ne se dérangent vraiment que s'il y a distribution de schnaps : la volonté de survivre des unes semblant correspondre au besoin d'oublier des autres...

jeudi 23 mars 2017

5140 - y a-t-il un Allemand au bout du fil ?

chars lourds soviétiques, en progression dans Berlin
... pour franchir le canal de Teltow, que les troupes soviétiques ont atteint au soir du 22 avril 1945, le général Rybalko a fait rassembler la bagatelle de 3000 canons et mortiers lourds sur un front de... quatre kilomètres, ce qui représente l'incroyable concentration de 650 pièces d'artillerie au kilomètre, ou encore d'un canon tous les 1,5 mètre (!)

A 06H20, le 24 avril, ces 3 000 pièces ouvrent le feu, pulvérisant littéralement tous les bâtiments situés de l'autre côté du canal,... et les pitoyables adolescents de la Volksturm qui s'y trouvaient dissimulés.

Quarante minutes plus tard, les premiers fantassins traversent en barques. Et à midi, les premiers tanks russes franchissent le canal sur des pontons improvisés.

Pendant ce temps-là, isolés dans le Führerbunker, les derniers officiers présents en sont réduits, pour faire le point de la situation, à lire les dépêches de l'agence Reuters ou, après avoir choisi au hasard des numéros dans l'annuaire,... à téléphoner dans tous les appartements civils situés dans la périphérie de la ville.

Quand un civil allemand décroche, ils lui demandent ce qu'il peut apercevoir de chez lui, et si c'esr une voix russe qui répond, la conclusion s'impose d'elle-même...

mercredi 22 mars 2017

5139 - La morale de la guerre, c'est qu'elle n'a aucune morale...

Juive de Berlin, en 1941. Il en restait environ 600 quatre ans plus tard
... aussi incroyable cela puisse-t-il sembler, il reste encore, en cette fin d'avril 1945, quelque 600 juifs à Berlin (!), internés au camp de transit de la Schulstrasse dans le quartier de Wedding.

Nombre d'entre eux ne sont en fait que des Mischlinge, des demi-juifs, ou des Schutzjuden, des "juifs protégés", comme les organisateurs des J.O. de Berlin de 1936, ou encore les juifs étrangers originaires de pays neutres, comme la Suède ou l'Argentine.

Entassés sur deux étages et se nourrissant d'épluchures de pommes de terre et d'un peu de soupe, ces privilégiés - si tant est qu'on puisse les appeler ainsi - craignent néanmoins de faire bientôt les frais de la prochaine arrivée des troupes russes, attendu que celle-ci risque surtout de pousser leurs geôliers allemands à les supprimer pour ne pas laisser de témoins gênants derrière eux.

Le commandant du camp, l'Obersturmbannführer-SS Doberke, a d'ailleurs reçu l'ordre de les fusiller, et n'hésiterait pas à le faire si la proximité des Russes, et d'un probable tribunal militaire, ne l'incitait à faire preuve d'un peu de retenue.

Un représentant des prisonniers s'en vient donc lui proposer un marché : leur laisser la vie sauve en échange d'un document signé par eux tous et dans lequel ils reconnaissent lui devoir la vie.

Mais deux heures après lui avoir remis le dit document, les 600 Juifs s'avisent soudain que leurs gardiens ont tout bonnement disparu, laissant les portes grandes ouvertes.

Les soldats russes arrivent quelques heures plus tard pour les libérer définitivement,... et violer au passage les détenues féminines !

La morale de la guerre, c'est qu'elle n'a aucune morale...

mardi 21 mars 2017

5138 - et vint la Charlemagne

Les français de la Charlemagne : les derniers défenseurs du Reich à pénétrer dans Berlin
... Berlin, 24 avril 1945

A Berlin, les habitants, soumis depuis plusieurs jours à l'intense pilonnage de l'artillerie soviétique, sont prêt à se raccrocher à n'importe quelle rumeur, et notamment à celle de voir bientôt arriver des renforts allemands - comme l'a annoncé le Führer - ou, à défaut des soldats américains

Pourtant, les seuls soldats qui vont réussir à entrer dans Berlin assiégée ne sont ni Allemands ni Américains, mais tout bonnement... français (!), et membres de la division SS Charlemagne.

Aux petites heures du 24 avril, le commandant de la division - le Brigadeführer-SS Krukenberg - a en effet reçu l'ordre de quitter son campement de Neustrelitz pour se rendre à la Chancellerie du Reich.

Ayant réveillé Henri Fenet - le dernier chef de bataillon encore présent - Krukenberg et une centaine de volontaires montent dans des camions, accompagné de l'aumônier de la division, Monseigneur Mayol de Lupé.

En chemin, ces soldats perdus d'une guerre perdue croisent des milliers de civils fuyant dans le sens opposé,... mais aussi nombre de soldats de la Wehrmacht qui, goguenards ou simplement incrédules, ne cessent de les interpeller en leur criant qu'ils s'en vont dans la mauvaise direction...

lundi 20 mars 2017

5137 - la "trahison" de Goering

... dans un message envoyé de Bavière, Hermann Goering, fidèle d'entre les fidèles, vient en effet d'annoncer que puisque lui, Hitler, se trouve à présent encerclé à Berlin par l'Armée rouge, il se propose pour sa part, en tant que Président du Reichstag (1) et tel que le prévoit la Loi, d'assumer la lourde tâche... de présider aux destinées du Troisième Reich.

"Si aucune réponse [de votre part] ne m'est parvenue avant 22H00", écrit Goering, "je tiendrai pour acquis que vous avez perdu votre liberté d'action (...) et agirai dans les meilleurs intérêts de notre pays et de notre peuple"

Et Goering d'ajouter "Vous savez ce que je ressens à votre égard en cette heure qui est la plus grave de toute ma vie (...) Puisse Dieu vous protéger et vous faire revenir très rapidement ici. Votre fidèle Hermann Goering".

Sur le plan juridique, la position de Goering est inattaquable et ne relève aucunement de la trahison mais plutôt du simple bon sens : encerclé à Berlin, le Führer risque à tout moment de ne plus pouvoir communiquer avec l'extérieur, et donc de ne plus être en mesure d'exercer son rôle de chef de l'État

Mais le Führer, lui, ne l'entend pas de cette oreille : après un superbe éclat de rage, il ordonne que Goering soit immédiatement destitué de tous ses titres et fonctions, arrêté par la SS, et placé en résidence surveillée au Berghof en attendant d'être fixé sur son sort...

(1) Goering était Président du Reichstag depuis le 30 aout 1932

dimanche 19 mars 2017

5136 - ma vie pour du papier-toilette

des Sturmovik, au-dessus des ruines de Berlin
... si l'approche de la Mort exacerbe la libido de nombreux Berlinois, elle en incite également d'autres à accumuler tout ce qui peut leur passer sous la main et servir éventuellement de monnaie d'échange dans cette ville où le Reichsmark a perdu toute valeur

Ainsi, lorsque la rumeur se répand qu'un wagon chargé de rations destinées à la Luftwaffe se trouve immobilisé et à l'abandon sur une voie de garage près de Neukölln, des centaines de femmes se précipitent pour le piller.

Alors que l'une d'entre elles s'enfuit les bras chargés de cartons de papier-toilette, des chasseurs-bombardiers soviétiques apparaissent dans le ciel et se mettent à mitrailler la gare, tuant instantanément la malheureuse voleuse de papier-toilette...

Mais au soir de ce 23 avril, au moment où, à Lübeck, Heinrich Himmler se décide enfin à franchir le Rubicon, c'est un tout autre événement qui retient l'attention d'Hitler, claquemuré dans le bunker de la Chancellerie...

samedi 18 mars 2017

5135 - six jours sans bouger, sur la même marche d'escalier.

canon de 88mm, détruit près de l'Anhalter, après la guerre
... de temps à autres, quelques jeunes femmes se trouvant près de l'issue de l'abri tentent néanmoins leur chance,... ne serait-ce que pour échapper l'espace de quelques secondes à l'intolérable promiscuité de ce bunker dont une des survivantes dira plus tard qu'elle avait passé six jours sans bouger, sur la même marche d'escalier...

Dans cet enfer qu'est devenu la capitale du Reich, toute décence a quasiment disparu tant l'omniprésence de la mort exacerbe le besoin de s'accoupler une dernière fois

Au désir éperdu des très jeunes miliciens de perdre leur virginité avant de perdre la vie répond volontiers celui des jeunes-filles, et même des femmes plus mûres, de se donner volontairement à n'importe quel Allemand de passage plutôt que d'être violées par la soldatesque russe,... l'un n'évitant hélas pas toujours l'autre.

Dans les bâtiments de la Grossdeutscher Rundfunk, la radio de Berlin, où les deux tiers du personnel sont composé de jeunes filles dont certaines ont à peine 18 ans, on assiste ainsi à "un véritable climat de désintégration""l'on pouvait trouver des couples s'ébattant jusque dans les salles où étaient stockées les archives sonores. Les mêmes phénomènes étaient observés dans les caves et les abris peu éclairés"