samedi 16 décembre 2017

5408 - hâtons-nous, mais lentement

William Pye : y aller ou pas ?
... Pearl Harbor, 18 décembre 1941

Faut-il ou non voler au secours des défenseurs de la minuscule ile de Wake, qui, après avoir victorieusement repoussé une première tentative de débarquement le 11 décembre, sont depuis lors régulièrement bombardés par l’aviation japonaises des iles Marshall ?

En envoyant le porte-avions Saratoga pour y déposer des chasseurs de remplacement, Kimmel semblait pencher pour l’affirmative.

Seulement voilà : Kimmel ne commande plus rien, son successeur désigné - le bientôt célèbre Chester Nimitz - n’est pas encore arrivé en poste, et le vice-amiral Pye, Commander in Chief Pacific (CINCPAC) par intérim manque sans doute de légitimité, sinon de courage, pour se lancer dans pareille aventure.

Dans l’immédiat, il n’en confirme pas moins les instructions de Kimmel pour le Saratoga, mais aussi pour le Lexington, qui fera route dans sa direction.

Quant à l’Enterprise de Halsey, celui-ci reprendra aussitôt la mer en direction de Midway afin de couvrir les deux autres, et d’être en mesure de leur prêter assistance en cas de besoin.

Mais le Pacifique est vaste et l’escadre américaine actuellement la plus proche, celle du contre-amiral Fletcher et du Saratoga, ne sera pas en mesure de rallier l'atoll avant plusieurs jours, handicapée qu’elle est par la présence de son indispensable mais fort lent pétrolier-ravitailleur - le vieux Neches - qui ne peut filer plus de 13 noeuds…

vendredi 15 décembre 2017

5407 - y aller ou pas ?

Wake Island : un petit grain de sable dans la machine de guerre japonaise
… les Japonais, on s’en doute, n’ont nullement l’intention d’en rester là et de fait, Kajioka, nanti de nouveaux ordres, et surtout considérablement renforcé par deux porte-avions aimablement cédé par Nagumo ainsi que par quatre croiseurs lourds venus de Guam, ne tardera pas à repartir à l’offensive

Mais dans l’immédiat, cette résistance inattendue des Marines et des aviateurs à Wake a contraint l’État-major américain à s'interroger sur l'opportunité d'expédier - ou non - des renforts sur l’atoll.

Le corps de bataille est anéanti, certes, mais faute de cuirassés disponibles, ne pourrait-on pas au moins y expédier les trois porte-avions qui n’ont été atteints lors de l'attaque du 7 décembre ?

Quinze jours à peine après la débâcle de Pearl Harbor, cela pourrait être une Bataille de Midway devancée de six mois, et donc un coup de frein aussi hâtif que décisif à l'expansion japonaise,… mais cela pourrait tout aussi bien s’avérer un désastre de plus, qui coûterait alors à la Navy ses précieux porte-avions et donc tout espoir de repartir à la conquête du Pacifique avant plusieurs années !

La décision, qui s'apparente en fait à un coup de dés, n’est évidemment pas facile à prendre, mais encore faudrait-il déjà trouver quelqu'un disposé à l'assumer...

jeudi 14 décembre 2017

5406 - le soleil se lève sur Wake

Wake Island : la bataille du bout du monde...
… car le 8 décembre (1), les bombardiers japonais partis des iles Marshall (2) n'ont pas manqué d'infliger à Wake un traitement semblable à celui de Pearl Harbor, pulvérisant au passage… huit des douze Wildcat amenés par l’Enterprise quatre jours auparavant !

L’intégralité du corps de bataille américain à présent anéanti, chacun à Washington a aussitôt considéré ce minuscule atoll comme perdu, personne n’imaginant en effet comment une garnison d’à peine 500 Marines pourrait résister à une quelconque force d’invasion japonaise.

Et c’était du reste bien l’avis des Japonais eux-mêmes qui, trois jours plus tard, se sont tranquillement présentés devant Wake avec la conviction de n’en faire qu’une bouchée

Malheureusement pour l’amiral Sadamichi Kajioka, les Marines, leurs quelques canons de 127mm, et les quatre Wildcat miraculeusement demeurés intacts se sont révélés infiniment plus coriaces que prévu, coulant deux destroyers nippons, et contraignant l’amiral japonais à s’en retourner tout penaud à Kwajalein !

L’affaire, à l’évidence, est loin d’être terminée, mais elle a dans l’immédiat convaincu Kimmel d’expédier le porte-avions Saratoga vers Wake, avec pour mission d’y livrer des chasseurs de remplacement…

(1) soit le 7 décembre à Pearl Harbor
(2) colonisées par les Allemands dès 1885, les iles Marshall étaient devenues japonaises en octobre 1914

mercredi 13 décembre 2017

5405 - en attendant Nimitz

marins, sur le pont de l'Enterprise, vers 1939
… Pearl Harbor, 16 décembre 1941

Et le hasard veut que cette mise en service du plus emblématique des cuirassés japonais corresponde avec le retour à Pearl Harbor de celui qui va bientôt devenir le plus emblématique et le plus célèbre des porte-avions américains.

Car après une semaine passée au large de Hawaï sans apercevoir la fumée d’un seul navire japonais, l’Enterprise est finalement rentré au port.

En quittant le navire, Halsey entend bien faire son rapport auprès de Kimmel mais, premier problème, Kimmel ne commande plus rien,... puisqu’il vient tout juste d’apprendre son limogeage par le Président Roosevelt, qui ne lui pardonne pas le désastre du 7 décembre et qui, il est vrai, a lui-même désespérément besoin d’un "fusible" pour faire oublier sa propre responsabilité en cette triste affaire.

Son successeur, l’amiral Chester Nimitz a déjà été désigné mais n’est pas encore arrivé à Pearl Harbor en sorte que pour l’heure, le commandement opérationnel provisoire échoit au plus ancien officier en grade, en l’occurrence William Pye, lui aussi vice-amiral, mais de deux ans l’aîné de Halsey.

Hélas, et deuxième problème, Pye est un homme de cuirassés, par ailleurs toujours sous le choc de la perte de son propre-navire amiral (!), et aussi un homme très prudent et fort peu soucieux d’exposer ce qui reste de la Flotte américaine du Pacifique aux abords du minuscule atoll de Wake, assiégé par les Japonais…

mardi 12 décembre 2017

5404 - le trésor national

"Le plus puissant cuirassé du monde"... mais pour en faire quoi ?
… en ces derniers jours de l’année 1941, le Yamato, avec ses 70 000 tonnes et ses 9 canons de 460mm, est donc devenu, et de loin (1), le plus gros et le plus puissant cuirassé du monde, mais aussi… un bâtiment qui n'a plus aucun adversaire à affronter !

Car après Pearl Harbor, et après Kuantan, plus aucun cuirassé allié n'est en effet susceptible de se dresser sur sa route : dans le Pacifique, Américains et Britanniques possèdent encore de nombreux croiseurs, et même quelques porte-avions, mais les uns et les autres sont trop rapides pour lui, et les seconds de toute manière bien trop précieux pour être exposés dans une bataille rangée.

Et ironiquement, la crainte alliée est réciproque ! Car même si le Yamato est 50% plus lourd que ne l'était le Prince of Wales, et même s'il bénéficie à ce titre d'une meilleure protection contre bombes et torpilles, l'affaire de Kuantan démontre que plus aucun cuirassé n'est désormais à l'abri de l’Aviation !

Pour ne rien arranger, et à l'instar du défunt Bismarck allemand, le Yamato est d'autre part devenu la fierté du pays tout entier, l'incarnation-même de sa puissance, en sorte que sa destruction éventuelle constituerait un véritable drame pour la Nation toute entière !

Dans les mois à venir, l'absence de rivaux potentiels, mais aussi, et surtout, la volonté de préserver coûte que coûte ce navire déjà irremplaçable, vont donc se conjuguer pour le tenir fort loin des combats…

(1) sur la genèse et l’histoire du Yamato : Saviez-vous que… Ten-Go Sakusen

lundi 11 décembre 2017

5403 - le plan idéal

Septembre 1941 : le Yamato, en achèvement à Kure
... Kure, 16 décembre 1941

En ce matin du 16 décembre 1941, après quatre ans de travaux menés dans le secret le plus absolu, le "super-cuirassé" Yamato vient enfin d'être admis en service.

Pour lui, tout a commencé au milieu des années 1930, lorsque les Japonais, confrontés à la perspective d’une guerre contre les États-Unis ou la Grande-Bretagne, et probablement contre les deux à la fois, ont commencé à rechercher le meilleur moyen d’y faire face.

Dans le domaine naval, ils ont immédiatement réalisé qu'ils ne disposeraient jamais des ressources suffisantes pour construire et mettre en service autant de cuirassés que leurs futurs et probables adversaires,... d’où l'idée d'en avoir moins mais bien meilleurs, autrement dit beaucoup plus gros et plus puissants !

Pour que ce plan ambitieux ait la moindre de chance de succès, encore fallait-il évidemment dissimuler l'existence, ou du moins les caractéristiques réelles, des bâtiments que l'on se proposait de construire,… sous peine de voir l'adversaire se mettre à en fabriquer lui aussi, et en plus grandes quantités !

Dans ce "plan idéal" les responsables de la Marine impériale se sont donc entendus pour mettre sept  (!) Yamato en service à partir de 1941, puis quatre "Super-Yamato" encore plus gros et dotés de pièces de 510mm à partir de 1946, en sorte de pouvoir disposer, à la fin des années 1940, d'une sorte de "super-flotte de super-cuirassés" supposément invincibles puisque théoriquement capables, avec leurs énormes canons et leurs épaisses plaques de blindage, de balayer de la surface des flots tous les cuirassés "ordinaires" que les Occidentaux  seraient eux-mêmes  parvenus à construire jusque-là !

Le problème, c’est que la guerre a éclaté bien plus tôt que prévu, et même avant que le premier des Yamato ne soit entré en service…

dimanche 10 décembre 2017

5402 - en attendant le neuf...

L'Almirante Lattore chilien : la Navy tenta de l'acheter après Pearl Harbor
… car dans les deux camps, et aussi incroyable cela puisse-t-il sembler aujourd’hui, les cuirassés conservent encore de solides partisans !

Côté américain, en attendant l’entrée en service des nouveaux mastodontes déjà commandés (1) ainsi que le résultat d’une fort improbable mission envoyée au Chili pour y négocier le rachat du vieux Almirante Lattore (2), il importe avant tout de remettre rapidement à flots le maximum de bâtiments détruits à Pearl Harbor.

Bien sûr, au-delà de l’utilité - réelle ou supposée - de tous ces vieux bâtiments, c’est aussi une question de prestige, une manière de démontrer à l’ennemi "qu’il n’a pas réellement coulé" les navires qu’il revendique dans sa propagande puisque ceux-ci, tels de merveilleux  Phénix, vont "bientôt renaître" et reprendre le combat !

Si l’Arizona, l’Oklahoma et l’Utah (qui comme nous l’avons vu n’était déjà plus qu’un bateau-cible) sont malheureusement autant de pertes totales et définitives,  les Tennessee et Maryland pourront néanmoins reprendre du service dès février 1942, le Pennsylvania en mars, et le Nevada  en octobre de la même année, mais il faudra néanmoins attendre janvier et juillet 1944 avant que les California et West Virginia puissent à leur tour rejoindre une US Navy qui, dans l’intervalle, aura elle-même énormément changé, au point de s’articuler désormais exclusivement autour de ses porte-avions lourds, devenus les seuls et uniques capital ships à protéger à tout prix !

(1)  les quatre South Dakota entreront en service entre mars et aout 1942, et les quatre Iowa entre février 1943 et juin 1944
(2)  version agrandie de l’Iron Duke, le cuirassé Almirante Lattore avait été construit en Grande-Bretagne en 1914 pour le compte de la marine chilienne. Réquisitionné par la Royal Navy, sous le nom de HMS Canada, dès le début de la 1ère G.M., il avait finalement été restitué au Chili en 1920.