dimanche 30 avril 2017

5178 - le Triomphe de la Médiocrité

Himmler, en 1929
… plus que tout autre, et bien plus qu’Hitler, Heinrich Himmler fut l’illustration parfaite, pour ne pas dire caricaturale, du Triomphe de la Médiocrité qui, dans certaines circonstances, permet à des individus quasiment dépourvus de toute qualité physique ou intellectuelle de s’élever au-dessus de la masse de leurs contemporains, d’accéder aux plus hautes fonctions et même, parfois, de gagner le droit de vie et de mort sur des millions et des millions d’êtres humains.

Himmler, c’est vrai, était un homme “méthodique” et “obstiné”, mais ces qualités ne l’auraient pas mené bien loin s’il ne s’était surtout trouvé “au bon endroit” et “au bon moment”, c-à-d recruté parmi les premiers, et au tout début des années 1920, au sein d’un parti politique - le NSDAP - qui n’était encore qu’un groupuscule mais, dans son cas, un groupuscule en tout cas appelé à un immense essor, puisqu’il passerait de 2 000 membres en 1920 à... 8 500 000 en 1945 !

Au sein de ce minuscule parti, Himmler qui, jusque-là n’avait aucun avenir et ne se voyait même pas en avoir un si ce n’est en rêves, eut ensuite la chance d’intégrer, puis de faire carrière, dans l’encore plus minuscule Schutzstaffel (SS), que l’on pourrait qualifier de groupuscule à l’intérieur d’un groupuscule,... n’était le fait qu’en tant que “bras armé” du premier, le second était appelé à un encore plus brillant avenir !

Grâce au charisme d’Hitler, et à son talent oratoire, grâce à la crise économique, grâce aussi aux erreurs et à la naïveté de ses adversaires comme de ses alliés, le parti nazi, quasiment rayé de la carte au lendemain du “Putsch de la Brasserie” de novembre 1923, allait, en à peine une décennie, devenir le premier parti politique d’Allemagne,... puis le seul à y être encore autorisé.

Et puisque le nazisme était totalitaire par nature, et puisqu’Hitler ne se voyait pas autrement qu’en Führer, c-à-d en dictateur absolu, l’un et l’autre avaient un besoin vital de cet “escadron de protection” entièrement dévoué à leur cause, c-à-d, in fine, d’un homme aussi “fidèle” que Himmler, qui en avait pris la tête en 1929…

samedi 29 avril 2017

5177 - les uns et les autres (3)

... Erich von Manstein qui, s’il l’avait voulu, aurait peut-être pu devenir ce “Sauveur de la Patrie” que recherchaient désespérément les opposants à Hitler, restera sans affectation, mais libre de ses mouvements, jusqu’à la Capitulation. Jugé pour crimes de guerre en 1949, sa condamnation suscitera une telle indignation, y compris chez ses anciens adversaires (!), qu’il sera libéré en 1952. Il mourra en 1973.

Heinz Guderian, qui avait prévu l’effondrement du “château de cartes”, échappera quant à lui à toute poursuite criminelle, et mourra en 1954. Comme Manstein, il est l’illustration parfaite de tous les officiers supérieurs de la Wehrmacht qui, à l’Est, et en toute connaissance de cause, donnèrent et exécutèrent des ordres - comme celui dit "des commissaires" - qu’ils savaient criminels et en tout cas contraire aux “règles normales de la guerre”

Mis en place à partir du 05 mai 1945, le Gouvernement de Flensburg, auquel Himmler avait vainement proposé ses services pendant plusieurs jours, n’aura qu’une existence éphémère : le 23 mai, il sera en effet officiellement dissous par le général Eisenhower, qui fera également arrêté son chef, le grand-amiral Dönitz. Celui qu’Hitler, juste avant sa mort, avait officiellement désigné pour lui succéder sera ensuite condamné à dix ans d’emprisonnement par le Tribunal de Nuremberg. Il mourra en 1980

Trop précieux pour être jugé, Werner von Braun sera discrètement exfiltré aux États-Unis dans le cadre de l’Operation Paperclip. Devenu chef de file du programme spatial américain, il réalisera, des années plus tard, son rêve de jeunesse, en réussissant à envoyer une fusée vers la Lune. Jusqu’à sa mort, en 1977, il ne se reconnaîtra en revanche aucune responsabilité dans le décès des milliers de travailleurs esclaves qui fabriquèrent ses V2 dans la gigantesque usine souterraine de Dora-Mittelbau...

vendredi 28 avril 2017

5176 - les uns et les autres (2)

... Albert Speer, à la fois rival et complice d’Himmler, sera condamné à 20 ans d’emprisonnement par le Tribunal de Nuremberg. Libéré en 1966, il fera à nouveau fortune en écrivant ses mémoires. Interrogé à de multiples reprises avant sa mort en 1981, il ne cessera d’affirmer à la fois son ignorance de la “Solution finale”,... et son absence lors de cette fameuse réunion de Posen du 6 octobre 1943, où le Reichsführer avait publiquement et très explicitement décrit le sort réservé aux Juifs supposément “évacués” à l’Est.

Successeur et pâle copie de Reinhard Heydrich à la tête du RSHA, Ernst Kaltenbrunner sera quant à lui condamné à mort, et pendu en octobre 1946.

Également condamné à mort par ce même tribunal, Hermann Goering, grand patron de la Luftwaffe, mais aussi créateur de la Gestapo, se suicidera quelques heures avant son exécution.

Après avoir réussi à quitter le bunker de la Chancellerie dans la soirée du 1er mai 1945, Martin Bormann et Heinrich “Gestapo” Müller ne seront plus jamais revus, bien que signalés à de multiples reprises au cours des années suivantes dans différentes villes et villages d’Amérique du Sud. En décembre 1972, lors de travaux d’excavation réalisés à Berlin, plusieurs cadavres seront mis à jour, dont l’un formellement identifié comme celui de Bormann. On s’entend généralement aujourd'hui pour considérer que Bormann et Müller ont été tués en tentant de fuir Berlin.

Arrêté et condamné à diverses reprises, Sepp Dietrich, commandant de la SS-Leibstandarte, sera définitivement libéré en 1959, et mourra huit ans plus tard. 

Aujourd'hui encore, et faute d'avoir pu démontrer que la SS dans son ensemble constituait une "organisation criminelle" (1) d'anciens SS, en ce compris étrangers, continuent de percevoir, en toute légalité, une pension de combattant versée par la République fédérale allemande...

(1) En pratique, si la SS, le parti nazi et la Gestapo furent bel et bien reconnues "organisations criminelles", le Tribunal de Nuremberg arriva néanmoins à la conclusion que le simple fait de les déclarer "criminelles" ne pouvait suffire à lui seul à démontrer ensuite la culpabilité de chacun de leurs membres. Dans ses attendus, il souligna en effet que, dans la mesure où la criminalité des individus était déterminée par celle de "l'organisation" à laquelle ils avaient appartenu, il fallait néanmoins prouver, pour chaque individu, qu'il avait adhéré à cette organisation a) en pleine connaissance de ses buts, et b) sans contrainte aucune, ce qui, dans les faits, était quasiment impossible.

jeudi 27 avril 2017

5175 - les uns et les autres (1)

Kluge, Himmler, Dönitz et Keitel, en 1944
... pour éviter que sa sépulture ne devienne un lieu de culte, Heinrich Himmler sera inhumé secrètement “quelque part dans la lande de Lüneburg”. Aujourd’hui encore, l’endroit exact reste inconnu.

Demeurées en contact avec lui, par lettres puis par téléphone, et ce jusqu’au 19 avril 1945, Margarete Boden et Hedwig Potthast, épouses officielle et officieuse d’Himmler, survivront à la guerre et mourront respectivement en 1967 et 1997, après avoir toutes deux soutenu - et comme tant d’autres - qu’elles ignoraient tout de la “Solution finale” et du véritable rôle de leur Reichsführer d'époux dans celle-ci.

Gudrun “Puppi” Himmler, fille aînée d’Heinrich, est toujours en vie. Très proche de l’extrême-droite allemande, et des organisations de soutien aux anciens SS, elle n’a jamais renié la mémoire de son père.

Après plusieurs années de clandestinité, Adolf Eichmann émigrera en Argentine en 1950, mais y sera rattrapé dix ans plus tard par des agents du Mossad, qui l’enlèveront et l’exfiltreront en Israël. Jugé à Jérusalem en 1961, ce fonctionnaire ô combien zélé et enthousiaste sera condamné à mort et exécuté le 31 mai 1962

Grâce à ses “bus blancs” qui auront secouru des milliers de déportés relâchés par Himmler, Folke Bernadotte accédera au rang de héros national. Devenu médiateur des Nations-Unies pour la Palestine, il sera malheureusement assassiné par un extrémiste juif à Jérusalem en septembre 1948

Lui aussi reconnu comme un héros après la guerre, Felix Kersten, seul homme apparemment capable de soigner Himmler des multiples maux dont il se plaignait, s’établira définitivement en Suède, et y mourra en 1960.

Norbert Masur, représentant suédois du Congrès Juif mondial qui avait longuement dialogué avec Himmler lors de cette incroyable nuit du 20 au 21 avril 1945, mourra en 1971...

mercredi 26 avril 2017

5174 - la mort du "Criminel du Siècle"

23 mai 1945 : le "Criminel du siècle" vient de se suicider...
… Luneburg, 23 mai 1945

L’allure générale d’Himmler, et ses papiers d’identité trop neufs pour être vrais, ne tardent pas à attirer l’attention.

Himmler est tiré à l’écart, emmené dans un baraquement. On lui ordonne de se déshabiller, il fait mine de ne pas comprendre, réclame un interprète, puis finit par s’exécuter.

On lui dit qu’on l’a reconnu, qu’il est le Reichsführer-SS Heinrich Himmler. Il nie avec véhémence, ne cesse d’affirmer qu’il est le sergent Heinrich Hitzinger

Comme on craint qu’il ne cherche à s’empoisonner, on fait immédiatement venir un médecin, qui l’examine sous toutes les coutures, y compris entre les orteils

On lui demande d’ouvrir la bouche, et de tirer la langue. On ne voit rien. On le force à se rapprocher de la lumière. Le docteur lui ouvre la bouche, tente d’y introduire ses doigts.

Soudain, Himmler se rebelle, jette sa tête en arrière, mord le docteur aux doigts,... et casse la capsule de cyanure qu’il tenait dans sa bouche

On se précipite, mais il est trop tard : Heinrich Himmler, Reichsführer-SS, Ministre de l'Intérieur du Reich, "Criminel du Siècle" responsable du génocide de millions d’êtres humains, est mort.

Il avait 44 ans

mardi 25 avril 2017

5173 - en fuite

Heinrich Himmler : le "Criminel du Siècle"
… définitivement déchu le 6 mai de tout titre et pouvoir par l’éphémère Gouvernement de Flensburg, Heinrich Himmler est à présent condamné à la clandestinité et à la fuite.

Mais l’ultime paradoxe est sans doute que cet homme, qui pendant plus d’une décennie a été un des personnages les plus puissants et plus redoutés d’Allemagne, pour ne pas dire d’Europe, n’a strictement rien prévu pour assurer ses arrières en cas de malheur !

Il n’a pas d’argent, pas de réseau pour l’exfiltrer vers un pays neutre, et pas la moindre idée de ce que pourrait être son avenir.

Il n’ignore pas qu’il est le criminel nazi le plus recherché par les Alliés, que sa photo et son signalement ont été communiqués à toutes les polices militaires. 

Pourtant, en dehors de ses (très) mauvais faux papiers au nom de Heinrich Hitzinger (!) de son vieil uniforme de sergent, et du bandeau qu’il arbore sur l’œil gauche, il n'a fait pas grand-chose pour dissimuler sa véritable identité, si ce n'est raser sa moustache.

Est-ce par naïveté, par arrogance, parce qu’il n’a jamais vraiment cru à une possible disparition du Troisième Reich, parce qu’il se croyait véritablement indispensable quel que soit le régime qui pourrait lui succéder,... ou tout simplement par imprudence et par bêtise, le Reichsfuhrer déchu en est donc réduit à errer sans moyen et sans but dans le Schleswig-Holstein avec quelques compagnons d’infortune

Et le 22 mai, l’inévitable se produit, puisqu’il est arrêté, près de Lüneburg (Basse-Saxe) par un petit détachement britannique…

lundi 24 avril 2017

5172 - ... on se console

germanophones chassés de Tchécoslovaquie, juillet 1946
(...) Mais le sort des civils qui n'avaient pu s'échapper était plus tragique encore. 

La plupart des femmes et des jeunes-filles furent conduites à marches forcées en Union soviétique et contraintes de travailler dans des forêts, des tourbières et des canaux quinze à seize heures par jour. 

Un peu plus de la moitié d'entre elles périrent dans les deux années qui suivirent. La moitié des survivantes avaient été violées et, quand elles furent renvoyées dans la zone d'occupation soviétique d'Allemagne, en avril 1947, la plupart durent être immédiatement hospitalisées, souffrant de tuberculose ou de maladies vénériennes"

L'un dans l'autre, on estime à environ 14 millions (!) le nombre de germanophones qui, dans les semaines et les mois suivant la signature de la Capitulation, n'auront d'autre choix que de quitter la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Roumanie, la Prusse orientale,... où ils étaient pourtant établis depuis des générations, pour se réfugier à l'Ouest.

Soixante-dix ans plus tard, les survivants et descendants de ces réfugiés attendent toujours des excuses, une indemnisation, ou un "droit au retour" sanctifié par les Nations Unies et la communauté internationale...