mardi 27 juin 2017

5236 - en retard sur l'horaire

Épave d'un Jagpanzer, près de Cherain
… pour ne rien arranger, les avant-gardes de la VIème Armée de Panzer-SS, que von der Heydte devait précisément retrouver près de Malmedy, ne sont pas au rendez-vous !

Dietrich a en effet déjà près d’une journée de retard sur l’horaire prévu, et les seuls véhicules que von der Heydte aperçoit à l’horizon ne sont autres… que les camions de la Big Red One, la 1ère D.I. américaine, expédiée en renfort par le général Collins !

Une 1ère D.I. occupée à foncer vers Bütgenbach et que von der Heydte, dont les hommes sont éparpillés sur des dizaines de kms carrés, est bien incapable d’arrêter !

Et Dietrich n’est certes pas prêt d’arriver, lui qui butte en ce moment contre les villages de Rocherath et Krinkelt, points de passage obligé des 2ème et 99ème D.I. en pleine retraite, et que les Américains sont bien décidés à conserver coûte que coûte,... non sans succès puisqu'au soir, et malgré tous ses efforts, la 12ème Panzer-SS, qui devrait déjà être en train de rouler vers la Meuse, est toujours bloquée, alors que dans le même temps, et à l’insu de Dietrich, les Américains de la Big Red One sont pour leur part occupés à se retrancher près de Bütgenbach, quelques kms plus à l'ouest, pour y constituer une solide ligne de défense sur la crête d'Elsenborn...

lundi 26 juin 2017

5235 - le saut dans l'inconnu

soldats de la 116ème Panzer lors de la Bataille des Ardennes
… 17 décembre 1944, 03h30

A 03h30, les quelque 1 200 parachutistes du lieutenant-colonel Friedrich von der Heydte sont largués sur le plateau des Hautes Fagnes, au nord de Malmedy.

Depuis les pertes catastrophiques encourues en Crète - ce "tombeau du parachutisme allemand" sur lequel nous reviendrons dans une chronique ultérieure - Hitler s’était pourtant juré de ne plus jamais recourir à ce genre d’opérations au résultat par trop incertain et dans tous les cas bien trop coûteuses en matériel et en vies humaines.

Mais vu la situation actuelle, le Führer n’a eu d’autre choix que d’accepter tous les risques, et d’autant plus que la mission des paras de von der Heydte est de la plus haute importance puisqu'ils doivent, comme nous l’avons vu, protéger l’aile droite de la VIème Armée de Dietrich contre l’arrivée éventuelle de renforts américains venus du Nord.

Mais si le largage de plus d’un millier de parachutistes de jour et par beau temps constitue déjà une gageure en soi, le faire de nuit, dans des conditions météorologiques exécrables, et avec des équipages aussi inexpérimentés que ceux de la Luftwaffe de cette fin de guerre, relève du saut dans l'inconnu, pour ne pas dire de la mission impossible !

Et de fait, au grand désespoir de von der Heydte, et de tout l'État-major allemand, les paras, mais aussi tout leur équipement, se retrouvent aussitôt dispersés sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés, donc pas du tout à même de mener rapidement quelque action militaire que ce soit…

dimanche 25 juin 2017

5234 - "sur le Front Ouest, le vent a enfin tourné en faveur du Reich"

soldats allemands près de Poteau, et devant un M8 Greyhound capturé, 18 décembre 1944
… au soir du 16 décembre 1944, le bilan peut être considéré comme mi-figue, mi-raisin… pour les deux camps.

Côté américain, personne, et surtout pas le haut-commandement, n’est encore parvenu à se faire une idée exacte de la situation... et de la véritable gravité de la menace qui pèse sur les troupes engagées dans les Ardennes

En revanche, Honsfeld, Clervaux, Echternach et, surtout, Saint-Vith sont toujours américaines,  les G.I.’s présents sur place s’accrochent finalement mieux qu’espéré en pareille circonstance, et trois divisions, dont deux blindées, sont déjà en route pour les soutenir.

Côté allemand, on peut certes se féliciter des premiers succès remportés sur le terrain au point-même, parfois, d’estimer, comme Hitler, que "sur le Front Ouest, le vent a enfin tourné en faveur du Reich" (1)

Pour autant, l’offensive accuse déjà plusieurs heures de retard sur l’horaire prévu, ce qui s’explique au moins autant par la résistance des Américains que par la nature difficile du terrain ardennais,... ou la trop grande fragilité de ponts pas du tout conçus pour supporter des tanks de 40 à 70 tonnes.

De tels aléas sont naturellement inévitables en temps de guerre, et avaient du reste été anticipé par l’État-major, mais c’est la manière de les surmonter qui pose aujourd’hui problème : n’en déplaise à Hitler, les soldats allemands de décembre 1944, souvent beaucoup plus jeunes ou alors beaucoup plus vieux que leurs devanciers, ne sont plus les conquérants habiles, endurants et très réactifs, des premières années du conflit…

(1) Piketty, op. cit. page 60

samedi 24 juin 2017

5233 - le "retour des Boches"

Sherman américain, en mouvement dans les Ardennes
"Il importe également de renforcer ces facteurs psychologiques en ne laissant passer aucun instant sans faire comprendre à l’ennemi que, quoi qu’il fasse, il ne peut compter sur une capitulation, jamais, jamais. Voilà le point décisif !" (Adolf Hitler, Adlerhorst, 12 décembre 1944)

… plus au Sud, les vétérans de la 28ème D.I. du général Norman Cota, très éprouvés par leurs combats des semaines précédentes, font ce qu’ils peuvent face aux hommes de Manteuffel.

Mais plus que la résistance des G.I.’s, c’est l’effondrement d’un pont sur l’Our, incapable de supporter le poids démesuré des Panzers, qui freine la progression des Allemands en direction de Clervaux où les civils belges, totalement paniqués par le "retour des Boches", fuient en masse vers l’Ouest,… en ajoutant encore un peu plus à la confusion.

La confusion, justement, continue de régner dans le camp allié : au 12ème Groupe d’Armées US, le général Omar Bradley, en route pour Versailles, est convaincu que cette attaque allemande ne constitue en fait qu’une manœuvre destinée à attirer la 3ème Armée de Patton vers le Nord, et ainsi à lui faire renoncer à son offensive depuis longtemps prévue en Sarre.

A Versailles, où il a finalement été rejoint par Bradley, "Ike" a néanmoins des doutes et, par sécurité, ordonne à la 7ème D.B. de Simpson et à la 10ème D.B. de Patton de se mettre rapidement en mouvement vers les Ardennes, un mouvement auquel se joint, quelques heures plus tard, la 1ère D.I., la fameuse Big Red One, expédiée de sa propre initiative par le général Collins

Ce n’est guère… et certes pas assez pour empêcher ensuite les deux hommes de s’en aller fêter dignement, et jusqu’à l’aube, la 5ème étoile tout juste décernée à Eisenhower…

vendredi 23 juin 2017

5232 - la surprise

Les soldats américains ne s'attendaient nullement à être attaqués dans les Ardennes
 "Depuis le début, je me suis efforcé de mener chaque fois que possible la guerre de manière offensive. Au bout du compte, les guerres se décident quand l’une ou l’autre partie reconnaît que la guerre ne peut plus être gagnée. La tâche la plus importante est donc d’amener l’ennemi à s’en rendre compte" (Adolf Hitler, Adlerhorst, 12 décembre 1944)


… 16 décembre 1944, 05h30

A 05h30, l’enfer se déchaine donc sur les quelque 140 kms du Front ardennais, prenant par surprise les troupes américaines, en en particulier les bleus de la 99ème D.I.

Après une heure de pilonnage intensif, le calme revient soudainement, mais un calme ô combien relatif puisque les soldats allemands ne tardent pas à surgir du brouillard, éclairés, tels des spectres, par les premières lueurs de l’aube... mais aussi par d’énormes projecteurs de DCA spécialement amenés sur place.

Bien que totalement pris au dépourvu, les G.I's s’accrochent comme ils peuvent - au début surtout - mais se retrouvent trop souvent débordés par le nombre, et n’ont dès lors plus d’autre choix que de décrocher.

Si les Panzers de Dietrich menacent directement Rocherath et Büllingen au Nord, c’est au Sud que la situation est la plus préoccupante puisque la 106ème D.I. est sur le point de se retrouver totalement encerclée près de Schönberg par les troupes de Manteuffel, lesquelles visent directement Saint-Vith, où le général Alan Jones, qui ne contrôle déjà plus grand-chose et peine à se faire une idée exacte de la situation, a établi son propre quartier-général…

jeudi 22 juin 2017

5231 - ... et des "contre"

Un Tiger II, à l'abandon,... et à l'image de ce qui attendait l'armée allemande
... parce qu’elles sont indispensables à la réussite de l’opération, les très mauvaises conditions météo attendues peuvent être considérées comme un avantage, mais elles n'en vont pas moins compliquer et ralentir la progression normale des troupes... et faire grimper en flèche la consommation d'essence des blindés !

Or, aujourd’hui encore, il n’existe rien de plus incertain que la météo : que celle-ci vienne subitement à s’améliorer, et l’Aviation alliée ne fera qu’une bouchée des lourds et patauds Panzers, ce pourquoi il est vital de rallier Antwerpen en seulement une semaine… objectif qui ne laisse pour ainsi dire la place à aucun retard ou imprévu dont chacun, à commencer par Hitler, devrait pourtant savoir qu’ils font partie de la guerre elle-même.

Et quand bien même parviendrait-on à rallier Antwerpen dans les délais que la conduite ultérieure des Alliés occidentaux, et en particulier leur volonté de s’asseoir - ou pas - à une table de négociations demeure inconnue.

Surtout, nul ne peut présumer des intentions des Soviétiques qui, sachant les meilleures unités de la Wehrmacht et de la Waffen-SS à présent engagées à l’Ouest, peuvent tout aussi bien décider de précipiter leur propre offensive à l’Est.

Mais quand le schnaps est tiré…

mercredi 21 juin 2017

5230 - les "pour"...

Le Tiger II : une machine de guerre formidable... à condition d'avoir de l'essence
... même si Hitler a depuis longtemps pris la décision de passer à l'offensive, et abandonné toute idée de rationalité, Wacht am Rhein repose, comme d'ailleurs toute opération militaire, sur un certain nombre de "pour", de "contre",... mais aussi sur de totales incertitudes.

Du côté des "pour" figure incontestablement l'effet de surprise : les Alliés, nous l'avons vu, ne s'attendent absolument pas à une attaque d'envergure, a fortiori dans ce secteur unanimement considéré comme "calme" et "infranchissable" du Front

Les tanks, mais aussi les fantassins allemands sont supérieurs à leurs adversaires - les Américains eux-mêmes le reconnaissent - et bénéficieront d'autre part, et pour la première fois depuis longtemps, d'une énorme supériorité numérique, alors que l'Aviation alliée, clouée au sol par la météo, ne sera cette fois pas en mesure d'intervenir.

Au rayon des "contre", la faiblesse de la chaîne logistique vient immédiatement à l'esprit : quelques minutes avant de démarrer, on ne dispose toujours de munitions que pour une dizaine de jours, et de carburant que pour parcourir 150 kms…

Que l'on rencontre une trop forte résistance en quelque endroit de la route, que l'on soit forcé de s'arrêter un jour ou deux, et on ne pourra jamais atteindre Antwerpen, but de toute cette opération.

Et on risque même, dans l'aventure, de tomber en panne sèche, à moins bien sûr de réussir à s’emparer des stocks américains…